13 - Enconsulés (Malaisie)
Ce matin, je suis d'une humeur à massacrer des touristes anglais à coups de cuillère en plastique. J'ai mal dormi. Les deux ventilateurs préhistoriques et grinçants du plafond me regardent bêtement, comme il ne savent que faire. Quelque chose me dit qu'ils vont tomber pile ce matin, me tuant d'une façon au minimum atroce. Mais je ne suis pas du genre à croire les choses ou les objets qui parlent ; d'éxperience, je sais qu'ils ne disent souvent que des conneries.
Je dois aller au consulat me faire consulé un visa pour deux mois d'Indonésie au prix d'un mois de salaire indonésien. Les consulats sont les endroits que je déteste le plus au monde après les bureaux d'immigration. On y va pour quémander le droit de quitter sa niche nationale un mois ou deux... En face, des types qui n'ont jamais quitté leur bureau, jouent les gardiens de niche.
J'attrape un bus qui propose un pack spécial "une heure d'attente + le tour complet de la ville avec arrêt garanti tous les 150 mètres, pour le prix d'un ticket de bus !" J'arrive à 12h 05. Il y a un orang-outang croisé avec un homo erectus à l'entrée de la grille fermée de la niche consulaire : "C'est fermé, Sir, il faut revenir à 14h 30", beugle t-il en agitant sa montre comme si c'était elle la responsable...
2h 30 de pause ! Et j'imagine qu'ils doivent fermer à 15 heure, ces enconsulés...
En partant chercher un coin pour avaler mon riz de midi, je croise un couple de touristes anglais... malheureusement, je n'ai pas de cuillère en plastique sur moi.
Je m'arrête dans un resto malais pas mal et, ca m'étonne. La rue est pleine de bombes chinoises qui se la pètent dangereusement dans la chaleur malaise, sans la moindre gêne. Sans doute en réaction, du côté des indiennes, on voit rouge sur tous les fronts. Heureusement les musulgirls, complètement à voile, jettent un froid et donc calment le show...
A 14h 38, j'obtiens le formulaire de demande de visa. Si je le dépose demain matin, j'aurais mon visa le surlendemain. C'est miraculeusement simple, et j'esquisse des pas de danse contemporaine sur la piste du retour.
Puis le lendemain matin, j'apprends que si je montre mon billet aller-retour pour l'indonésie, j'aurai mon visa dés cette après midi...ça devient père-noëlique et j'en esquisse des pas de danse futuriste.
Je cours acheter un billet pour demain matin (le ferry est à 8 heure), je vole manger mon assiette de riz, puis je glisse jusqu'à la consul-station.
"- Oui, que voulez-vous, monsieur ?
- Ben, je viens chercher mon visa comme tu m'as dit ce matin, ducon !
- Ah, les visas... C'est pas l'après midi qu'on les délivre. Il faut revenir demain matin."
Or j'ai acheté un billet pour demain matin à la première heure et ça m'a coûté la peau des pieds. Quelque chose me dit que ce type va crever de mort violente dans les secondes qui viennent, et cette fois c'est crédible. D'ailleurs, je lui trouve soudain une tête de touriste anglais à massacrer sans cuillère et sans modération. Je cherche une arme dans mon sac, hésitant entre la carte bleue et le stylo, lorsque le gars décide de sauver sa peau coûte que coûte.
"- Attendez, je vais voir avec mon chef."
S'ensuit une heure d'attente délicate, avec des sons d'harmonica morriconiens et des mouches qui font un bruit légèrement supérieur au silence.
Finalement, j'obtiens mon visa et l'autre la vie sauve...
Tchao Penang !