3 - Camping mortel (Caledonie)

Publié le par eric marquez

"...l'enculé ! "
(Expression calédonienne typique)
 

 Il est huit heure du matin, le 3 janvier 2006, au camping de la Madeleine, ou je suis le seul campeur.
J'erre parmi les farés* déserts, en slip et en me grattant les couilles, privilège du campeur esseulé, et est-ce laid de se gratter les couilles quand il n'y a personne pour nous voir ? Je me posais la question ce matin-là, plein de philosophie et de courbatures.

Les terres du grand Sud calédonien sont ocres, mes pieds sont ocres, mes fringues sont ocres, et ainsi de suite. Il n'y a pas de douche dans ce camping. Même les chiens errants couverts de puces s’écartent de moi en prenant un air dégoûté. Non mais pour qui se prennent-ils ! Je pense soudain a la Chine, une de mes prochaines étapes, et je me mets a ricaner sournoisement au milieu du camping en regardant les chiens...

Je suis en train de chercher la rivière et bien entendu elle s'est déplacée pendant la nuit. Du coup il me faut vingt minutes pour la trouver alors qu'hier elle était a cinquante mètres. "Encore un coup des indépendantistes Kanaks", je me dis, le plus sérieusement du monde. Il n'est que huit heure du matin et il doit faire trente cinq degrés a l'ombre, ce qui me parait louche. "Encore un coup des indépendantistes Kanaks", je me redis, mais cette fois j'y crois moins. J'ai un coup de nostalgie en m'imaginant emmitouflé dans un gros anorak, en train de marcher dans la neige des Alpes... Faut dire que j'ai pas encore digéré le coup de l’été qui commence le 21 décembre !

Je parviens jusqu’à la rivière. Après une courte baignade, je m’assieds sur un ponton et donne a manger un peu de pain rassis aux poissons, qui sont très gentils (surtout la maman), et je les imagine avec du citron... Mais j'ai pas de citron et j'ai rien trouvé pour les buter alors je les nourris en attendant de trouver.

Cette nuit au camping de la Madeleine était inoubliable. Chaque emplacement était compose d'un faré avec une table en bois au centre, et d'un carré de terre rouge pierreuse attenant sur lequel traînaient quelques touffes de pelouse et de chardons (en guise d'oreiller supposais-je)

N’étant pas fakir dans l’âme, nous avons finalement tous dormi, mon duvet, ma centaine de moustiques et moi, sur la table en bois. C’était pas un plan en or.
Pendant la nuit, j'ai rêvé (éveillé) que je donnais mon sang à une centaine de petits cons qui soit-disant en avaient besoin. A chaque fois que je voulais attraper le produit anti-petits-cons, Mère Thérésa sortait de sa tombe pour me regarder d'un air de reproche...

Et c'est pourquoi, après avoir nourri des moustiques puis des poissons sans pouvoir en bouffer un seul, après avoir bu un café tiède sans sucre dans une boite de salade de thon au riz, après m’être définitivement brouillé avec les chiens errants du coin, après avoir fait tomber mon tabac (sans blague)  dans la rivière, enfin après avoir philosophé lamentablement sur le grattage de vous savez quoi, j'ai choisi de quitter la brousse pour Nouméa, tel un voyageur fougueux soudain moins fougueux.

*Fare : sorte d'abri calédonien, mais au fait, t'as pas le dico chez toi ?

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Publié dans VOYAGE

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